Kimchi Traditionnel (Baechu Kimchi) : la Recette Authentique

배추김치

Prep1hCuisson0 minTotal1h8 pers.Moyen
15kcal/portion
Chef Minjun Park

Chef Minjun Park

13 octobre 2026

Kimchi Traditionnel (Baechu Kimchi) : la Recette Authentique
Note culturelle : Le gimjang, tradition de préparation collective du kimchi en automne, est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO depuis 2013. Chaque famille coréenne possède sa propre recette transmise de génération en génération.

Ingredients

Portions
8 personnes

Instructions

  1. 1

    Coupez le chou nappa en deux dans la longueur, puis chaque moitié encore en deux. Saupoudrez généreusement de gros sel entre chaque feuille en insistant sur les parties blanches et épaisses.

  2. 2

    Laissez le chou saumurer pendant 6 à 8 heures à température ambiante, en le retournant toutes les 2 heures. Le chou doit être souple et pliable sans se casser.

  3. 3

    Préparez la bouillie de riz : mélangez la farine de riz avec 60 ml d'eau dans une casserole, faites chauffer à feu moyen en remuant jusqu'à épaississement. Laissez refroidir complètement.

  4. 4

    Dans un grand bol, mélangez la bouillie de riz refroidie, le gochugaru, la sauce de poisson, les crevettes salées, l'ail, le gingembre et le sucre. Mélangez bien pour obtenir une pâte homogène.

  5. 5

    Ajoutez le radis blanc en julienne et les oignons verts à la pâte de piment. Mélangez délicatement.

  6. 6

    Rincez le chou saumuré trois fois à l'eau froide pour retirer l'excès de sel. Essorez-le soigneusement en pressant doucement.

  7. 7

    Enfilez des gants en latex et étalez la pâte de piment sur chaque feuille du chou, en répartissant bien entre les couches. Concentrez-vous sur les parties blanches qui absorbent plus de saveur.

  8. 8

    Repliez chaque quart de chou sur lui-même en enroulant la feuille extérieure autour. Placez les morceaux dans un récipient hermétique en verre ou en céramique.

  9. 9

    Laissez fermenter à température ambiante (18-22 °C) pendant 1 à 2 jours selon la saison, puis placez au réfrigérateur. Le kimchi est prêt à déguster après 5 à 7 jours et continue de développer ses saveurs pendant plusieurs semaines.

Baechu kimchi, le kimchi de référence

Le baechu kimchi (배추김치) est un chou nappa salé, enrobé d'une pâte de piment, d'ail et de jeotgal, puis laissé à fermenter : les bactéries lactiques déjà présentes sur le légume transforment ses sucres en acide, et c'est cette lacto-fermentation qui fait le goût. Pas de vinaigre, pas de cuisson, pas de ferment ajouté. J'en prépare depuis l'enfance, d'abord en tenant le bol de pâte pour ma grand-mère, puis seul, et la version que je vous donne ici est celle que je sers à Séoul comme à Paris.

Le kimchi est le cœur battant de la cuisine coréenne. Présent à chaque repas, du petit-déjeuner au dîner, ce légume fermenté est bien plus qu'un simple accompagnement : une institution culturelle, un patrimoine familial, un aliment vivant. Le baechu kimchi est la variété la plus emblématique parmi les 200 types de kimchi répertoriés en Corée. Sa préparation reste un rituel familial, en particulier lors du kimjang d'automne, quand les familles se réunissent pour préparer les réserves de l'hiver. L'UNESCO a inscrit cette pratique collective sur sa liste du patrimoine culturel immatériel en 2013, la fiche officielle insiste d'ailleurs moins sur la recette que sur le partage.

Un mot sur les quantités avant de commencer. La recette part d'un chou de 2 kg. Une fois salé et essoré, il tient dans un bocal de 2 litres, et chez moi cela nourrit huit personnes pendant deux bonnes semaines, à raison d'un petit bol par repas.

Ce que chaque ingrédient fait dans le bocal

On me demande souvent par quoi remplacer tel ou tel produit. Avant de remplacer, il faut comprendre ce que chacun fait. Je les prends dans l'ordre où ils entrent en scène.

Ingrédient Ce qu'il fait Si vous ne l'avez pas
Chou napa (baechu), 2 kg La structure : des feuilles fines qui boivent la pâte et restent croquantes Le chou chinois pe-tsaï des supermarchés, c'est le même légume
Gros sel marin, 100 g Tire l'eau, assouplit les côtes, et laisse le champ libre aux bonnes bactéries Sel gris de Guérande, jamais de sel iodé ni de sel fin avec antiagglomérant
Gochugaru, 50 g La couleur rouge brique et un piquant rond, presque fruité Rien d'équivalent ; un mélange paprika doux et pointe de piment donne la couleur, pas le parfum
Aekjeot (sauce de poisson coréenne), 30 g Le sel qui a du fond, l'umami Sauce de poisson thaïe, plus salée, retirez-en un tiers
Saeujeot (crevettes fermentées), 20 g La profondeur marine qui distingue un kimchi de famille d'un kimchi d'usine Omettez et montez l'aekjeot à 40 g
Ail, 4 gousses, et gingembre, 2 cm Le parfum, et un frein naturel aux bactéries indésirables pendant les premières heures Ne sautez pas l'ail ; le gingembre peut manquer
Sucre, 1 cuillère à soupe Nourrit la fermentation et arrondit le piquant Une demi-poire asiatique ou une pomme râpée, c'est la version de ma grand-mère
Radis blanc, un demi, et 3 oignons verts Le croquant et la fraîcheur entre les feuilles Daikon ou radis noir pelé, ciboule
Farine de riz, 1 cuillère à soupe, dans 60 ml d'eau La bouillie qui colle la pâte aux feuilles et donne du sucre aux bactéries Farine de riz gluant, ou une cuillère de riz cuit mixé

Les deux produits fermentés, aekjeot et saeujeot, portent un nom collectif, les jeotgal. Si vous ne devez acheter qu'une seule chose en épicerie coréenne, c'est l'aekjeot. Pour le reste du garde-manger, mon guide des ingrédients essentiels détaille les marques que j'utilise et ce qu'on trouve en grande surface.

Le salage, l'étape où tout se joue

Un kimchi raté se joue presque toujours ici, pas dans la pâte de piment. Le sel fait trois choses en même temps : il tire l'eau du chou, il assouplit les côtes pour qu'elles se plient sans casser, et il crée un milieu où les bactéries lactiques prennent le dessus sur toutes les autres. Trop peu de sel, le chou reste raide et le kimchi tourne ; trop de sel, les bactéries n'avancent plus et le résultat reste plat pendant des semaines.

Je sale à sec, entre les feuilles, en insistant sur les parties blanches qui sont trois fois plus épaisses que le vert. La recette donne 100 g de sel pour 2 kg de chou, soit 5 % du poids. Ce ratio se garde quand on change de quantité.

Poids de chou Gros sel Durée à température ambiante Le test
1 kg 50 g 5 à 6 heures, retourné toutes les 2 heures La côte blanche se plie en U sans craquer
2 kg 100 g 6 à 8 heures, retourné toutes les 2 heures Même test, sur la feuille la plus épaisse
3 kg 150 g 8 heures, retourné toutes les 2 heures Même test ; si ça craque encore, attendez une heure

Vient le rinçage, trois fois à l'eau froide, puis l'essorage. Goûtez un bout de côte à ce moment-là. Il doit être salé comme une chips, pas plus. S'il pique la langue, laissez le chou tremper 20 minutes dans de l'eau froide et rincez une quatrième fois. Je laisse ensuite les quartiers égoutter 30 minutes dans une passoire, face coupée vers le bas : un chou qui ruisselle dilue la pâte et donne un kimchi aqueux.

Fermenter, puis ralentir : le calendrier du goût

Voilà ce qui se passe dans le bocal, et que presque aucune recette française n'explique. Pendant les premières 24 à 48 heures, à 18 ou 22 °C, ce sont des bactéries du genre Leuconostoc qui travaillent : elles produisent un peu de gaz, d'où les bulles et le liquide qui monte, et une acidité légère, pétillante. Au froid, elles cèdent la place aux lactobacilles, plus lents, qui poussent l'acidité semaine après semaine. Le World Institute of Kimchi, l'institut de recherche public coréen dédié au sujet, a bâti tout un programme sur cette succession de bactéries. Pour nous, en cuisine, l'idée tient en une phrase : la température ambiante lance, le réfrigérateur pilote.

Moment Où Ce qui se passe Ce que vous goûtez
Jour 0 à jour 1 ou 2 Température ambiante, 18 à 22 °C Bulles, liquide qui monte, odeur d'ail qui s'adoucit Un kimchi frais et salé, presque une salade (le geotjeori)
Jour 2 à jour 7 Réfrigérateur L'acidité s'installe, la couleur fonce Prêt à table entre le 5ᵉ et le 7ᵉ jour
Semaine 2 Réfrigérateur Équilibre entre acide et piquant Mon moment préféré pour le manger tel quel, avec du riz
Semaine 4 et au-delà Réfrigérateur Acidité franche, texture plus souple : c'est le mugeunji Celui qu'il faut pour un kimchi jjigae ou un kimchijeon

Deux réglages selon la saison. En été, un jour à température ambiante suffit, parfois une demi-journée dans une cuisine à 26 °C ; en hiver, deux jours. Pendant cette phase, j'ouvre le bocal une fois par jour pour laisser partir le gaz, je presse le chou sous son jus avec une cuillère propre, et je referme. Un kimchi qui reste sous son liquide ne moisit pas.

Quand ça tourne mal

Trop salé après une semaine : le rinçage a été trop court. Ne jetez rien, coupez-le en lanières et cuisinez-le dans un ragoût ou un riz sauté, où le sel se répartit. La prochaine fois, goûtez la côte après le rinçage.

Pas une bulle après 48 heures : soit la cuisine est froide, soit le sel a eu la main lourde. Laissez-le un jour de plus à température ambiante avant de conclure. Un kimchi silencieux n'est pas un kimchi mort, il est en retard.

Trop acide à votre goût : vous l'avez laissé trop longtemps dehors. Au frigo tout de suite, et basculez-le vers la cuisine chaude, il y sera meilleur que n'importe quel kimchi jeune.

Le liquide déborde : le bocal était plein à ras. Remplissez à 80 % au maximum, et posez le bocal sur une assiette les trois premiers jours.

Une pellicule blanche et plate en surface : c'est la levure de kahm, inoffensive, qui apparaît quand des feuilles dépassent du liquide. Retirez-la à la cuillère, repoussez le chou sous le jus. En revanche, des taches duveteuses bleues, noires ou roses, ou une odeur de pourri plutôt que d'acide et d'ail : on jette, sans discussion.

L'odeur, justement. Un kimchi sent fort, c'est entendu, le soufre du chou et de l'ail y est pour beaucoup. Fort n'est pas putride. Avec un peu d'habitude, la différence se sent dès l'ouverture du bocal.

Variantes

Le même geste, salage puis pâte puis fermentation, donne toute la famille des kimchi. Le kkakdugi remplace le chou par du radis en cubes et se prépare en une heure, sans le long salage : c'est celui que je conseille pour un premier essai. L'oi sobagi farcit des concombres et se mange dans la semaine, parfait l'été.

Pour une version végétalienne, je remplace l'aekjeot et le saeujeot par 30 g de sauce soja et 60 ml de bouillon de dashima bien réduit : on perd un peu de profondeur, on garde la fermentation, qui ne dépend pas du poisson. Pour une version douce, le baek kimchi, le kimchi blanc, se fait sans gochugaru du tout, avec les mêmes aromates et quelques lamelles de poire ; c'est celui qu'on donne aux enfants en Corée. Et si vous mangez le chou le jour même, sans attendre la fermentation, vous faites un geotjeori, croquant et vif, qui accompagne très bien un bibimbap.

Conseils du Chef Minjun

La qualité du gochugaru est déterminante. Choisissez des flocons de piment coréen de qualité supérieure, d'un rouge vif et légèrement fumé. Un bon gochugaru apporte de la saveur, pas seulement du piquant.

La fermentation est un processus vivant : goûtez votre kimchi chaque jour pendant la fermentation à température ambiante. Quand il atteint le degré d'acidité qui vous plaît, placez-le au réfrigérateur pour ralentir le processus.

Un dernier point que je répète à chaque atelier : des gants pour étaler la pâte. Le gochugaru et l'ail restent sur les mains pendant des heures, et je n'ai jamais rencontré un élève qui ne se soit pas frotté un œil.

Conservation

Le kimchi se conserve plusieurs mois au réfrigérateur dans un récipient hermétique, en verre ou en céramique, jamais en métal, que l'acidité attaque. Son goût évolue avec le temps : plus jeune, il est frais et croquant ; plus vieux, il devient plus acide et intense, parfait pour cuisiner en kimchi jjigae ou kimchi bokkeumbap. Prélevez toujours avec un ustensile propre, et retassez ce qui reste sous le jus avant de refermer. Pour comprendre ce qui se passe dans le bocal sur la durée, j'ai détaillé la science du bocal dans mon article sur l'art de la fermentation coréenne.

Questions fréquentes

Combien de temps le kimchi se garde-t-il ?

Plusieurs mois au réfrigérateur, tant qu'il reste sous son liquide. Il ne se périme pas, il mûrit : passé un mois, cuisinez-le plutôt que de le manger cru.

Faut-il un bocal spécial ?

Non. Un bocal en verre à joint, rempli à 80 %, fait très bien l'affaire. Les Coréens utilisent des boîtes hermétiques en plastique alimentaire ou des onggi en terre, mais le verre a l'avantage de montrer les bulles.

Peut-on faire du kimchi sans sauce de poisson ?

Oui. Remplacez les jeotgal par de la sauce soja et un bouillon d'algue réduit, comme dans la variante végétalienne ci-dessus. La fermentation vient du chou et du sel, pas du poisson.

Pourquoi mon kimchi est-il amer ?

Presque toujours un chou de fin de saison, monté en graines, ou un ail qui a commencé à germer. Retirez le germe de l'ail et choisissez un chou lourd, serré, aux côtes blanches.

Le kimchi est-il un aliment probiotique ?

Il contient des bactéries lactiques vivantes tant qu'il n'est pas cuit. C'est tout ce que je me permets d'affirmer ; pour les effets sur la santé, les études sont en cours et je laisse les chercheurs conclure.

Quel gochugaru acheter ?

Un gochugaru « pour kimchi », en flocons moyens, d'un rouge brillant. Les flocons fins servent au gochujang et aux sauces. Évitez les sachets ternes ou brunâtres, le piment a vieilli.

Peut-on utiliser du chou blanc ?

On peut, et le résultat est honorable, mais ce n'est plus un baechu kimchi : le chou blanc reste ferme, boit moins la pâte et fermente plus lentement. Comptez une journée de plus à température ambiante.

Faut-il stériliser le bocal ?

Un bocal propre et sec suffit. La fermentation lactique est une méthode de conservation à elle seule ; c'est l'oxygène et les feuilles qui dépassent du jus qu'il faut surveiller, pas la stérilité.

Mon dernier conseil tient en deux mots : faites-en. Le premier bocal sera trop salé ou trop acide, le deuxième sera bon, le troisième sera le vôtre. C'est exactement comme ça que je l'ai appris.

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